Ô TAON EN EMPORTE LE VENT



Au fin fond d’une vallée montagneuse vivait paisiblement une peuplade de taons. Les pattes au frais dans une belle neige en hiver. Et les élytres bien bronzées sous le soleil patagon en été.

Cette contrée de petits arbustes rêches et de tours granitiques était un véritable paradis  pour ces insectes à l’humour piquant. Et comble du bonheur, la nourriture y était en abondance à la haute saison. En période estivale, c’était asados de biceps de grimpeurs et parillas de mollets faisandés. Parfois même, les jours de forte chaleur, il y avait du fessier brésilien en tanga au menu. Sauce monoï.

Les mets étaient certes raffinés et multiples, mais la chasse à cette viande fraîche restait technique. La peuplade taon avait su développer une armée de guerriers féroces pour aller dénicher les meilleurs morceaux de chair fraîche.

Les tranches les plus musculeuses se chassaient le plus souvent dans les faces abruptes. Les guerriers taons les rencontraient dans des fissures impossibles, la viande souvent lacérée et saignante dans le granite. Façon pierrade. Parfois quelques bouts de tape venaient enserrer les extrémités doigtesques du gibier, mettant ainsi de la viande en papillote au menu.

Pour les morceaux plus gras et juteux, les guerriers ailés allaient directement se servir autour du point d’eau local. Le gibier y était plus lent et infusé à la bière.

La peulpade taons excellait dans l’art de la chasse. Dans ce monde de granite, il fallait penser vertical. Ruser du vent et de la fraîcheur des faces sud. Rester vif et agile pour éviter les coups de tatane du gibier.

Les guerriers taons avaient longuement étudié leurs proies et leurs coutumes. Ils savaient par exemple que le meilleur moment d’attaque était lors de la pose d’un friend ou du passage crux de la voie.

Pour cela ils avaient bien sûr étudiés les topos et se tenaient généralement embusqués dans les pas dits mal-commodes ou exposés. Et puis la viande était toujours plus délicieuse avec un soupçon de sueur froide. D’autant plus que le coin était réputé sous-coté, ce qui faisait souvent danser la gigue aux bipèdes.

L’armée taon aimait également charger lors des pic-niques sommitaux et autres pauses caloriques aux relais. D’autres mets exotiques étaient généralement disponibles sur les étals en plus de la boucherie.


Parfois, l’humeur était plutôt à la pêche. Et dans ce cas là, l’escadron voletait le long de la ligne de rappel jusqu’au baudrier qui enserrait fermement sa proie.

Frey était décidément un bien beau paradis. La peuplade vivait dans un lieu enchanteur et vertical. Au granite brut et orangé. Aux fissures rectilignes et giboyeuses.

Et les soirs estivaux, quand la chaleur pesante restait moite et festive, la tribu tout entière se réunissait autour du refuge, au milieu du troupeau de bipèdes. Pour échanger eux aussi un bon plan grimpe ou une anecdote funabulesque. Pour deviser des voies, râler sur le topo ou rager sur une cotation abusive. Pour admirer la pureté d’une ligne ou la gastronomie d’un plat lyophilisé.

BZZ BZZ, il fait bon vivre à frey




TRUCS & ASTUCES

ETHIQUE & FREY

Dans le petit paradis granitique de Frey, des centaines de voies ont été ouvertes au fil des ans. Avec pour chacune, une éthique très stricte. Ici, pas un spit de trop pour soulager vos tremblements du mollet au crux de la paroi. L’équipement reste (très) parcimonieux : les fissures doivent être intégralement protégées et le surplus de spits estimé « dénaturant ». La communauté locale prend a coeur cette purge spitesque, en épurant des voies de temps à autre. Cela assure à l’ensemble du secteur un aspect sauvage et aventureux, que d’aucuns pourraient décrire comme engagé !


LES BONNES ADRESSES

Refugio Frey – Bariloche : Depuis 1957 le refuge acceuille trekkeurs et grimpeurs de tout poil. Situé au pied de la laguna Toncek et des aiguilles mythiques de la zone du Catedral, le lieu fait parti des incontournables de Bariloche été comme hiver. Le refuge propose des nuitées en dortoir, des emplacements gratuits de camping et un service de restauration. Pensez simplement à réserver quelques jours avant !

Parilla Alto el Fuego – Bariloche : Parilla conviviale et délicieusement viandeuse où l’on redécouvre le plaisir d’un asado argentin sublimé par un bon vin !

Manush – Bariloche : Pub animé et bondé où il fait bon partager une planche et une binouze artesanale avec les amis au retour d’une belle virée en montagne.


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