
RECETTE GRANITIQUE
Pour tous les outsiders poilants et poilus rêvant de se fondre sans bruit dans l’ombre de l’élite des rochassiers de Chalten et de Paine, voici un aperçu de la piquante recette patagonne pour déguster un bon morceau de granit :

500G DE METEO
A faire revenir à feu doux.
Attention gringo, ici en Patagonie c’est l’élément clé du gâteau. Dame météo décrète les jours de repos ou de pegue infernaux. Avec souvent du vent à faire voler un guanaco.
Farceuse et boudeuse, aucune application ne saura prédire ses sautes d’humeur. Elle change tous les quarts d’heure. Ici, checker les pronos va devenir ton credo ! Actualiser la météo sera ta discussion entre potos. Ta raison d’être et d’apéro.


800G D’ATTENTE
A laisser infuser délicatement.
Ingrédient complémentaire de la météo, l’attente va rejoindre ton quotidien. Va falloir apprendre à faire peu ou rien. De la couenne, l’apéro ou un beau dessin. Lire et relire le même topo sans fin. Boire un maté entre copains. Prévoir des plans de A à Z si le temps vient. Monter et démonter les sacs dans tous les coins. Coller des patchs sur tes doudounes avec entrain. On préfère vous avertir mes chers coquins, l’attente ramène vite mollesse et bourrelets dans le quotidien.

150G D’APPROCHE
A saisir sur le moment.
Si tes nerfs ont résisté aux 2 premiers ingrédients, maintenant il va falloir mettre du mouvement. Quand la divine fenêtre météo est enfin là, tergiverser tu ne dois pas ! En route moustachu, pour des kilomètres pesants. Avec ton poids en ferraille en tant que chargement. Et un sac qui dégueule de tout ton équipement.
Mais ce marathon patagon ne serait pas cocasse, sans quelques embuches coriaces : quelques tyroliennes dans les torrents, des moraines à te casser les dents, des topos inexistants, des via ferrata avec des cordes de 100 ans, des rios réfrigérants, et des approches scabreuses où t’y laisse même un peu de sang. On abrège la liste cependant, la nature est beaucoup trop créative en termes de tourments.
Mais voilà que l’hypo te guette ? Pas de soucis, on a un régiment de cacahuètes ! Par contre pour le reste, va falloir faire la diète.
Et pour ton logement ? Pas de panique garnement, ici les bivouacs sont luxuriants. Sur une vire ou un bloc rocheux, on peut y installer sa paillasse aisément. Piedra Negra, Nipponino, Polacos sont des endroits forts charmants. Et avec tout le confort récent. Pierres, rochers, cailloux et vent. Il y a même un zorro qui y fait le ménage régulièrement.



200G DE VOIE
Saupoudrer de zeste de doigts râpeux.
Sous la lumière de la lune endormie, ça y est c’est enfin parti. Il faut se résigner à quitter ton nid, prendre ton envol et ton grigri. C’est dommage pourtant, car le massage rocailleux était des plus savoureux. A pas de velours remplis de ferraille, ton ombre barbichue se faufile au pied de la partie pêchue.
La suite de l’aventure est alors un savant mélange. De plaisir, d’injures et de souffrance des phalanges. De nœuds, d’onglées et de louanges. De la Guillaumet à la St Exupéry, on s’époumone et on rit. On hurle « sec » ou on prie. On fait les vaches aux relais et les poules mouillées sur une prise arquée. On jamme dans les fissures à pied. On râpe et on coince nos doigts sans pitié. On laisse quelques plumes de doudoune sur un passage compliqué. On attend avec crainte le crux de la virée. Puis finalement on s’étale au sommet. Telle une cerise sur une belle pièce montée.



400G DE RAPPELS
Retourner le gâteau sans qu’il s’étale par terre.
Dernière étape de cette dégustation granitique, faut pas se louper sur la tactique. Si tu ne veux pas tester la gravité, il faudra garder ton neurone bien réveillé.
Le retour au sol palpable reste long et aventureux. Avec parfois des cordes coincées ou des nœuds. La perte d’un descendeur ou d’un gant pas si vieux. Et probablement la rencontre d’une cordelette ou d’un camalot douteux. Comme toujours, tirer les rappels reste un sport bien hasardeux.


Comme tous les mets renommés, cette recette granitique peut s’accommoder avec bien des accompagnements variés. A la sauce patagonne et épicée. En solo ou en cordée. On espère que vous aussi vous prendrez le temps de la déguster et d’en apprécier chaque plâtrée.

TORRE NORTE – VIA MONZINO















AGUJA GUILLAUMET – VIA COMESANA FONTROUGE






AGUJA DE LA S – CARA ESTE







AGUJA MERMOZ – VIA ARGENTINA



AGUJA ST EXUPERY – VIA KEARNEY HARRINGTON




















LOS CUERNOS – LO QUE PUEDE SER











UN LIEU BIEN GARDE
Si du côté Argentin, El Chalten est devenu le Chamonix local et draine chaque année son lot d’alpinistes enfiévrés, le parc de Torres del Paine côté chilien n’a rien à lui envier. Son potentiel et sa beauté restent entiers. Isolé des nuées d’alpinistes par les méandres administratifs, seuls les plus motivés et/ou pistonnés arrivent à y mettre un pied. Plus que le crux des voies, c’est la difficulté paperassière qui fait souvent la loi.

LES BONNES ADRESSES
Hostal Lo de Trivi – El Chalten : située sur la rue principale, vous serez choyés comme jamais dans cette AJ par la gestionnaire du lieu ! Les repas dans la salle commune sont un bon moyen de partage avec les autres habitants des lieux, avec toujours un œil sur les matchs de foot en cours.
Banneton – El Chalten : toujours sur la rue principale, petit café cosy où il fait bon dévorer des pâtisseries et des litres de café en papotant avec les alpinistes du coin. Ln recommande également les empanadas, à tomber !
Maffia – Trattoria – El Chalten : Pasta de la casa dans un adorable chalet. Adresse délicieuse bien que pas donnée.
La Oveja – El Chalten : Quoi de mieux qu’une bonne parilla après un retour d’un pegue en montagne ? Lomo de bife, ojo de bife, bife de chorizo, cordero…. on ne sait plus ou donner de la tête dans ce petit resto boisé !
La Esquina – El Chalten : Comme son nom l’indique, le café se trouve au coin d’une rue, au pied de la rampe d’escaliers métalliques. Pour un brunch, une part de gâteau gargantuesque ou une limonade maison, tout est bon pour rouiller les jours d’attente. Et bien sur le topo du coin trône fièrement dans la salle.
Fresco – El Chalten : The place to be pour les alpinistes en herbes. Les soirs de fin de ventana (fenêtre), c’est la cohue pour s’accouder au bar. Bières et anecdotes rocambolesques sont toujours au menus.
